Lundi 21 décembre, le pôle social du tribunal judiciaire de Rennes a reconnu comme maladie professionnelle ce cancer cérébral d’un agriculteur décédé en mars 2020. Alors même que cette reconnaissance lui avait été refusée en janvier 2020 par l’organisme en charge de sa santé, la Mutualité sociale agricole (MSA). Sur quels documents les juges rennais se sont-ils fondés ? Recherchons ensemble.

Non loin de Bazouges-La-Pérouse en Ille-et-Vilaine – Photos Ouest-France

Cette nouvelle est parue dans Ouest-France le 24 décembre. Voir ici le lien vers l’article : https://www.ouest-france.fr/bretagne/ille-et-vilaine/ille-et-vilaine-pesticides-son-mari-agriculteur-est-mort-d-un-cancer-karine-temoigne-7098902

Consultons d’abord « Les cancers en France, Faits et chiffres 2019 » de l’Institut national de lutte contre le cancer INC. https://www.e-cancer.fr/Expertises-et-publications/Catalogue-des-publications/Les-cancers-en-France-en-2018-L-essentiel-des-faits-et-chiffres-edition-2019

Qu’est-ce qu’un glioblastome ? C’est une des nombreuses formes de cancer du système nerveux central, mais une forme de « haut grade », en clair le pronostic, la survie nette à 5 ans, est faible.

Quel est leur taux d’incidence et de mortalité ?

Le TSM – taux standardisé monde – d’incidence de ces cancers est en augmentation depuis 1990, aussi bien chez l’homme (+0,8 % par an) que chez la femme (+0,6 % par an) avec toutefois un très léger fléchissement de cette croissance entre 2010 et 2018.

Mais, hélas, le TSM de mortalité s’accroît progressivement de +0,3 % par an entre 1990 et 2018 dans les deux sexes, et cette progression s’est accélérée entre 2010 et 2018, +0,9 % par an chez l’homme et la femme. Même si une croissance de 0,9% par an est très importante, rien n’est dit sur les causes éventuelles. L’optique de la publication est plutôt de guérir – il s’agit donc d’agir sur “une amélioration des traitements et du parcours de soins” et non de prévenir. Alors où chercher ?

L’ANSES* a publié un rapport scientifique en 2018 qui donne des précisions. Il s’agit d’une description par type de cancer des situations professionnelles à risque : synthèse des données du réseau rnv3p, soit Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles. Que lit-on ?

Extrait : “Entre 2001 et 2016, 376 patients atteints de tumeur du SNC sont enregistrés dans le RNV3P. Près des 3/4 sont des hommes (70,5 %), d’âge médian 46 ans. Parmi eux, 60 (16,0 %) sont atteints d’une tumeur bénigne, 293 (77,9 %) une tumeur maligne et 23 ont une tumeur d’évolution imprévisible ou incertaine. 

Incidence : **Le nombre de cas annuels enregistrés dans le réseau est inférieur à 10 avant 2005, de l’ordre d’une dizaine jusqu’en 2008 et entre 20 à 30 après 2009. Pour 99 patients (26,3%), la conclusion de la consultation est celle d’une pathologie professionnelle. 

Causes : **Pour la plupart des patients (77,2%) une seule nuisance est rapportée, avec un niveau d’imputation faible. Les 45 patients pour lesquels au moins une nuisance est associée à la tumeur avec une imputabilité moyenne (n=40) ou forte (n==5) sont presque exclusivement des hommes (93,5 %), âgés en moyenne de 56 ans, tous atteints d’une tumeur du SNC maligne, et d’après les informations disponibles, de type neuro‐épithélial. 

Maladie professionnelle : ** Concernant les expositions professionnelles, les nuisances les plus fréquemment imputées à ces tumeurs sont les pesticides (n=15), les rayonnements ionisants (n=5), les champs électromagnétiques (n=6), les solvants et diluants (n=6) et les hydrocarbures et dérivés (n=4). Pour les autres patients, la nature des expositions imputées est diverse. 

Extrait pages 26 et 27

Source : https://www.anses.fr/fr/system/files/RNV3P-Ra-Novembre2018.pdf

  • * ANSES Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement et travail
  • ** intertitre ajouté par la rédaction
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